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9. Lettre d’Hubert Lucot à Didier Garcia (2003)

mercredi 27 juillet 2016

9. Passage d’encres III - 3e trimestre 2016 - issn en cours.

Répondant à Didier Garcia, qui lui écrivait le 25 septembre 2003 : « Votre écriture est plus efficace lorsqu’elle expose l’histoire privée que lorsqu’elle affronte l’histoire collective. [...] Vos réactions contre Bush et les autres déduisent de la délicatesse à votre phrase, alors que l’évocation d’une cuisine, prise dans le prisme de l’affection, en ajoute... », Hubert Lucot écrit, le 1er octobre :

Cher Didier,

La question politique – plus que d’histoire – est « grave » dans mes livres qui ne s’élèvent pas à l’universel quand ils abordent ce domaine, mais se recroquevillent. Je dirai dans Opérateur le néant* (je dirai pour vous car c’est déjà écrit) que la poussière de Bamako meurtri est sensible dans la coulée de la petite fille le long d’une vitre (chapitre 1 = in Nioques). Je signifie ou suggère que mon aptitude à peindre ou percer le présent s’étend à tous les présents, à toutes les faces tragiques d’u monde toujours tragique.
Il est indispensable que mes livres gardent le CONTACT avec l’histoire et la politique. Sinon, la petite fille dite ci-dessus n’appartient pas au XXIe siècle mais à George Sand ou à Colette.
Volontaire, j’APPLIQUE (terme mathématique) le livre dans l’histoire, mais Bush et autres ne valent pas la petite fille. Vous noterez que, parmi tous mes livres (Phanées les nuées* y compris, Opérations* est celui qui « sacrifie » le plus à l’actualité brûlante. Je comptais beaucoup retravailler les passages politiques, mais P.O.L a voulu publier vite le livre et cela m’a arrangé de m’en débarrasser : « Livre en partie journalistique, bien souvent spontané... Très bien ! », me suis-je dit (sans trop y croire). Guerre, destruction du climat, destruction des populations (chômage, divertissements assommants) me mettent en grande colère plusieurs fois par JOUR et ce sont bien des jours, le jour, que ma plume exprime passionnément. Parler histoire et politique dans mes livres est un devoir que j’assume non pas vis-à-vis d’un public exigeant et humaniste, mais pour le livre, qui doit sans cesse être confronté au plus difficile, à l’impossible à dire [...].

À vous.

Hubert

* V. P.O.L, Hubert Lucot.