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Un café chez Raymond M. par un matin d’hiver - Christiane Tricoit

mercredi 11 mars 2015

Un café chez Raymond M. par un matin d’hiver

Jardinier depuis 1944, date de son entrée à l’école de Montreuil, lauréat du concours d’entrée à l’école Du Breuil (Ville de Paris) un an après, Raymond Mondet, notre voisin, devient Nicolas le Jardinier pour l’éditeur Georges Dargaud, nom qui lui lui restera et le rendra célèbre. Il enseigne prallèlement, devient rédacteur en chef de Rustica – il y restera vingt-cinq ans – , anime des émissions de télévision... et voyage beaucoup, toujours curieux de découvrir d’autres peuples et d’autres cultures.
Des quatre branches de son métier – fleurs, fruits, légumes, arbres –, ce qu’il préfère par-dessus tout, c’est la troisième. Il donne d’ailleurs plusieurs recettes pour accommoder les légumes dans
Jardin secret. Secrets de Jardin (Michel Lafon, 1993). Raymond a longtemps cultivé 2 hectares derrière l’église et le château de Romainville, sur des terres extraites des carrières, celles-là mêmes qui ont été récupérées récemment pour la future base de loisirs...

« [...]  Je viens d’une famille nombreuse. Ma grand-tante, d’origine picarde, a été la première à venir à Romainville. Ayant perdu son enfant, elle était montée à Paris pour y être nourrice puis bonne comme beaucoup de jeunes femmes de l’époque. Elle est arrivée ici en 1870. Elle a épousé un fils de famille, un Faucheur – un puîné, sans terres. Elle cultivait cependant quelques plantes dans son jardin et allait vendre ses légumes et ses fleurs aux Halles.

Mon père n’arrive qu’en 1918, avec son frère aîné. Ils s’installent dans la forge de Romainville [rue Joseph Bara]. Ils sont maréchaux-
ferrants de la commune mais aussi charrons. Ma mère, qui écrivait comme un notaire à dix ans, divorce en 1913 d’un violoneux qui lui a fait un enfant – ma sœur, qui m’a élevé – et qui qui la bat. Elle le quitte et part chez son père. « Jamais une femme n’a été battue chez nous  », dira celui-ci, en lui intimant l’ordre de divorcer. Elle épouse mon père en 1934. La forge a été arrêtée vers 1930. Ils tiennent un bistrot-
restaurant qui marche bien.  Tous les gens qui travaillaient à la carrière – 200 repas à midi – venaient manger chez ma mère. En 1932, ils quittent le restaurant, mis en gérance.

Je suis né à Romainville en 1928. J’ai commencé très tôt à jardiner, mais ma mère n’aimait pas cela : c’était salissant. Plus tard, j’ai eu une petite amie à qui je portais des fleurs.  De 1945 à 1948, j’étais jardinier à Romainville.  J’ai d’abord eu un jardin de 1 000 m2, auquel se sont ajoutés d’autres terres que mon père m’avait obligé à acheter car il pensait que nous avions besoin de terres. Ce sont ces jardins – 4 000 mètres carrés en tout autour – qui ont servi de décor aux tournages de la
télévision...

Pourquoi a-t-on laissé tomber le château  ? »

Propos recueillis par Christiane Tricoit.

*
V. aussi Romanville avant le métro, film de Benoît Villé et photographies de Lydia Belostyk, avec des extraits du film de B. Villé.

Passage d’encres III - n° 3 - 1er trimestre 2015 - issn : 1271-0040.