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« L’intranquillité » du français au Québec - Fulvio Caccia

vendredi 13 février 2015

« L’INTRANQUILLITÉ » DU FRANÇAIS DU QUÉBEC

Par Fulvio Caccia

« Si nous écrivions en Iroquois, nous serions davantage reconnus en France » écrivait déjà de Paris le poète Octave Crémazie au milieu du XIXe siècle à son ami l’abbé Casgrain. C’est tout le paradoxe des Québécois qui luttent à l’intérieur du Canada et du continent nord-américain pour maintenir vivante leur langue contre la puissante attraction de l’anglais omniprésent et qui doivent en faire autant pour se singulariser de leur ancienne métropole, qui tend à les considérer comme d’aimables provinciaux. Cette posture de l’entre-deux, du « ni-ni », conduit ces parlants français du Nouveau Monde à cette « surconscience linguistique » qu’il partagent d’ailleurs avec tous les francophones non hexagonaux et dont leurs écrivains témoignent avec une étrange étrangeté. « Littératures de l’intranquillité », ainsi les appelle Lise Gauvin, empruntant à Fernando Pessoa, ce mot aux résonances multiples.

Plus que tout autres les écrivains québécois ont joué de cette diglossie, de ce paradoxe, dont témoignent éloquemment les textes que vous lirez dans ce dossier et qui fait peut-être de cette presque Amérique, ainsi que le chantait Robert Charlebois, la pointe extrême d’une certaine modernité.